Bourbonnais : Autopsie d’un fiasco chez le ROUGE et NOIR

Chroniques 17 août 2026Lecture: 4 min

Renaud BourbonnaisRenaud Bourbonnais

MONTRÉAL – La Ligue canadienne de football (LCF) est une entité remplie de clichés.

Combien de fois un père ou un oncle nous a dit : « Jamais une équipe ne réussira une saison parfaite! ». Ou encore : « Tu as beau avoir une mauvaise équipe, tout le monde va trouver le moyen de gagner au moins un match! ». Ces énoncés sont répétés comme des versets bibliques chaque année et, jusqu’à preuve du contraire, restent des réalités.

Le ROUGE et NOIR d’Ottawa est pourtant en train de faire trembler les plus croyants.

À la mi-saison, la troupe du directeur général et entraîneur-chef Ryan Dinwiddie n’a toujours pas gagné le moindre match. Lors de la fin de semaine dernière à Winnipeg, comme trop souvent cette saison, les Ottaviens ont été dans le coup durant la majorité de la rencontre, mais comme toutes les fois, ils ont échappé le gâteau au quatrième quart.

Dans une équipe qui compte pourtant sur certains joueurs de talents, une question demeure : pourquoi ce groupe est-il tout simplement incapable de terminer un match avec la victoire en poche?

Il n’existe malheureusement pas de solution magique, mais certaines observations peuvent justifier cette déception – la plus grande de la saison 2026, assurément.

Chaque fois que je regarde la formation du ROUGE et NOIR avant un match, j’essaie d’identifier la provenance des joueurs clés. Je ne parle pas de leur pays d’origine ou de l’université avec laquelle ils ont évolué à une autre époque. Je parle du parcours professionnel de ces joueurs. Quels joueurs américains ont été découverts par l’organisation et amenés au Canada? Quels joueurs, au contraire, se sont fait un nom ailleurs dans la LCF avant de s’amener dans la capitale?

Rappelez-vous les années 2010. Les Stampeders de Calgary représentaient le modèle par excellence dans la LCF.

Chaque année, des nouveaux venus se démarquaient chez les Stampeders, puis une fois leur contrat d’entrée échu, ils signaient à gros prix ailleurs.

La machine de recrutement de Calgary était toutefois tellement performante que ces joueurs étaient immédiatement remplacés par de nouveaux inconnus, qui devenaient à leur tour des vedettes. Un genre de cycle sans fin qui a permis à cette équipe de connaître constamment du succès pendant à peu près 10 ans.

Quel est le rapport avec Ottawa? À mon avis, le ROUGE et NOIR est à l’opposé complet de ce spectre. Plutôt que d’être l’équipe qui fournit des joueurs et qui multiplie les aubaines dans sa formation, on a plutôt une organisation campée dans le rôle de celle qui achète ce qu’elle voit dans la vitrine. On est l’équipe qui regarde quel joueur domine ailleurs, puis qui sort les gros chèques pour les faire venir à Ottawa.

Ce que ça donne? Une masse salariale qui s’embouteille rapidement pour des joueurs qui, maintenant qu’ils gagnent un énorme salaire, ne paraissent plus aussi merveilleux que lorsqu’ils étaient sous contrat à bon prix. Qui pouvaient justifier le gros salaire que commandait le receveur Eugene Lewis en 2026, lui qui a d’ailleurs été libéré il y a quelques semaines? Et que dire de la mise sous contrat du secondeur A.J. Allen, lui aussi embauché à fort prix? Avez-vous remarqué que plus la saison avance, moins il participe à des jeux sur le terrain? L’acquisition du demi défensif Demerio Houston pendant la saison morte avait été vénérée comme un coup de génie. Quelque 11 semaines plus tard, il n’est même plus avec l’équipe.

Et les Canadiens dans tout ça?

Le recrutement canadien n’est pas très bon non plus. Bien qu’on ne puisse pas tout mettre sur les épaules de Dinwiddie – qui n’en est qu’à une première saison avec l’organisation –, reste que l’équipe n’a pas très bien repêché au cours des dernières années.

De 2013 à 2018, cinq des six choix de premier tour d’Ottawa ont, à un moment ou à un autre dans leur carrière, été nommés sur l’équipe d’étoiles de leur division. Mais depuis 2019, on n’en compte aucun. Je me permets d’inclure Giordanno Vaccaro, premier choix au total du dernier repêchage canadien de la LCF, car, alerte au divulgâcheur, il ne sera pas de l’équipe d’étoiles à la fin de la présente saison.

Prenons notamment l’exemple du joueur de ligne à l’attaque Dontae Bull, premier choix au total lors de l’encan de 2023, qui n’aura fait que passer dans la LCF parce qu’il n’avait clairement pas le niveau de jeu pour y rester.

L’année suivante, l’équipe a sélectionné le receveur Nick Mardner au deuxième rang total. Mardner a joué une saison sans impressionner en 2024, puis il a raté l’entièreté de la saison 2025 et les six premiers matchs de 2026. Mais depuis son retour en santé, il n’est même pas envoyé sur le terrain en attaque!

(Je tiens amicalement à rappeler que Kevin Mital était également disponible lors de ce repêchage, et qu’il est présentement à des années-lumière devant Mardner dans son développement.)

L’année suivante, Ottawa s’est racheté en mettant la main sur le receveur Keelan White au troisième rang au total. Or, cette sélection n’aurait pas été nécessaire si on avait réussi notre coup l’année précédente. Résultat des courses : on doit utiliser de gros choix pour pallier nos erreurs du passé.

La beauté de la LCF, c’est qu’une équipe peut rapidement transformer un fiasco en belle histoire. Malheureusement, le ROUGE et NOIR semble présentement coincé dans un cercle de mauvaises habitudes et tourne en rond.

En milieu d’après-midi, l’Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) a d’ailleurs annoncé qu’Adrian Sciarra avait démissionné de son poste de président du ROUGE et NOIR, tout en conservant son rôle de président des 67’s d’Ottawa, dans la Ligue de l’Ontario, au hockey junior.